Navigation polaire : opportunités maritimes, risques et solutions assurantielles
L’Arctique n’est plus seulement une terre de glace et de mystère. Sous l’effet du réchauffement climatique, ses eaux s’ouvrent à la navigation, offrant des routes maritimes inédites et un marché en pleine expansion pour les croisières d’exploration.
Mais derrière ces promesses économiques se cachent des risques considérables : conditions extrêmes, infrastructures limitées, enjeux géopolitiques et impacts environnementaux.
Dans ce contexte, l’existence de risques majeurs exigent une approche assurantielle adaptée.
L’Arctique, une nouvelle route stratégique
La fonte accélérée de la banquise, conséquence directe du réchauffement climatique, bouleverse la carte mondiale des échanges maritimes.
Chaque été, l’océan Arctique devient plus accessible, ouvrant la voie à deux corridors stratégiques :
- la Route maritime du Nord (RMN), qui longe les côtes russes, et
- le Passage du Nord-Ouest (PNO), situé au nord du Canada.
Ces itinéraires permettent de réduire jusqu’à 30 % les distances entre l’Europe et l’Asie par rapport aux routes traditionnelles via Suez ou Panama.
Une promesse économique considérable, mais qui reste conditionnée à une fenêtre de navigation très courte – quatre à six mois par an – et à des contraintes techniques fortes, comme l’accompagnement par des brise-glaces et la rareté des infrastructures portuaires.
Cette ouverture s’accompagne d’enjeux géopolitiques majeurs. Les États riverains – Russie, Canada, États-Unis, Norvège, Danemark – rivalisent pour le contrôle des zones économiques exclusives (ZEE), tandis que la militarisation croissante de la région complexifie la coopération internationale, pourtant indispensable pour garantir la sécurité et la protection environnementale.
Les chiffres confirment cette dynamique :
- En dix ans, la navigation dans la zone du Code polaire a augmenté de 37 % (source ici)
- Dans le PNO, le trafic a augmenté de 35% entre 2016 et 2022 (source : ici).
- Sur la RMN, le volume de fret est passé de 7,5M tonnes en 2016 à 34M tonnes en 2021. Cette augmentation est surtout due à l’exploitation du gaz naturel liquéfié (GNL) dans la zone arctique russe et à l’exploitation des minerais.
Parallèlement à l’essor des routes commerciales, l’industrie de la croisière connaît une croissance spectaculaire. Depuis 2019, le nombre de passagers a progressé de 16,5 %, et le segment des croisières d’expédition et d’exploration – celles qui ciblent des destinations extrêmes comme l’Arctique – affiche une hausse de 22 % entre 2023 et 2024. Cette tendance traduit l’attrait croissant pour des expériences uniques, mais elle expose également les armateurs à des risques considérables.

Un environnement extrême, des risques démultipliés
Naviguer dans l’Arctique, c’est affronter un environnement imprévisible et hostile :
- Risques physiques : les navires sont exposés à des chocs avec la glace, à des avaries mécaniques et à une corrosion accélérée.
- Conditions météo extrêmes : tempêtes soudaines, brouillard dense, dérive des glaces qui complique la navigation.
- Cartographie limitée : connaissance insuffisante de la bathymétrie, augmentant le risque d’échouement.
- Infrastructures rares : ports peu nombreux et moyens de sauvetage insuffisants en cas d’incident.
- Sensibilité écologique : toute pollution entraîne des sanctions sévères et des impacts environnementaux majeurs.
Ces contraintes se traduisent par des coûts astronomiques en cas de sinistre : un incident en Arctique coûte en moyenne trois à cinq fois plus cherqu’en zone tempérée. Pour un navire de croisière, cela peut représenter des millions d’euros en responsabilité civile, dommages matériels et pertes d’exploitation.
Les exemples récents sont édifiants : MV Ocean Explorer échoué au Groenland en 2023, Akademik Ioffe immobilisé dans l’Arctique canadien en 2018, ou encore Viking Sky en 2019, dont l’avarie moteur a nécessité l’hélitreuillage de 500 passagers dans des conditions extrêmes.

Une couverture assurantielle sur-mesure : une nécessité stratégique
Naviguer en zone polaire ne se limite pas à adapter la technique : cela impose également une réflexion approfondie sur la couverture assurantielle.
Les polices standards excluent souvent l’Océan Arctique, ce qui oblige armateurs et croisiéristes à revoir leurs contrats et à travailler avec des spécialistes capables de négocier des extensions spécifiques.
Cette complexité explique pourquoi l’accompagnement par un courtier expérimenté est essentiel : il s’agit non seulement de sécuriser les opérations, mais aussi d’optimiser les coûts et de garantir la conformité réglementaire.
- Corps de navire (Corps & Moteurs) : des ajustements indispensables
Les assureurs calculent les primes en fonction de la zone de navigation, de la saison et du type de navire. Les franchises sont également adaptées pour tenir compte des risques propres à l’Arctique, tels que l’échouement, le talonnage ou les frais d’assistance particulièrement élevés.
À cela s’ajoute un enjeu contractuel majeur : la plupart des imprimés de marché excluent par défaut la navigation dans l’Océan Arctique.
Il est donc impératif de négocier des extensions spécifiques pour garantir la couverture.
- Protection & Indemnity : sécuriser la responsabilité civile
La navigation polaire implique des responsabilités accrues. Les risques de pollution, encadrés par la convention MARPOL, sont particulièrement sensibles dans un environnement fragile.
La couverture doit également inclure la responsabilité vis-à-vis des marins, exposés à des conditions extrêmes, ainsi que des passagers, dont la sécurité doit être garantie à bord comme lors des excursions à terre. Pour les croisières, des packages spécifiques sont nécessaires afin de couvrir l’ensemble des activités liées à l’expédition.
Transformer le risque en avantage compétitif
Une couverture adaptée n’est pas seulement une dépense : elle crée de la valeur en permettant de :
- Assurer la continuité des voyages malgré les imprévus et les conditions extrêmes.
- Renforcer la confiance des passagers et des investisseurs grâce à une protection solide.
- Optimiser les coûts d’assurance en accédant à des primes négociées sur les marchés français et internationaux.
- Préserver la stabilité financière des armateurs en cas d’arrêt d’activité grâce aux garanties pertes d’exploitation.
L’Arctique représente une opportunité unique pour les armateurs et les croisiéristes. Mais cette opportunité exige une anticipation assurantielle rigoureuse.
Nos experts accompagnent les acteurs du secteur en structurant des programmes sur mesure – Hull & Machinery, P&I, responsabilité civile, pertes d’exploitation – et en négociant des extensions spécifiques comme la couverture pollution, l’évacuation sanitaire ou la responsabilité des passagers à terre.
Ne laissez pas l’incertitude freiner votre expansion : sécurisez vos opérations avec des solutions conçues pour l’aventure polaire.
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Directeur Marine & Transport
Directeur Marine & TransportJean-Baptiste est diplômé de l’EDHEC Business School avec un Msc en Stratégie et Organisation. Après une première expérience chez Gan Patrimoine (filiale de Groupama) en assurance de personnes, il travaille quatre ans en Italie pour une captive d’assurance du groupe Crédit Agricole afin d’en développer l’activité et les partenariats. A son retour en France il rejoint la direction souscription d’AXA XL (anciennement AXA CS) pour piloter des projets de développement et d’innovation avant d’intégrer, l’équipe souscription marine cargo (marchandises transportées) France dont il devient responsable en 2020.
Aujourd’hui au poste de Directeur de la Ligne Produit Maritime et Transport et de Directeur Général de Howden Marine France, Jean-Baptiste est en charge du développement des solutions Maritime et Transport qui constituent l’un des piliers de Howden en France. Howden Marine en France se développe sur les bases historiques de Guian, superbement développées avec Seasecure sous la direction de Jean Brossollet, Jean-Baptiste succédant à celui-ci.






