Les armements maritimes à propulsion alternative : une révolution écologique et technologique...et un défi pour l'assurance
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A l'heure où l'industrie maritime multiplie les innovations pour répondre aux objectifs de décarbonation, les navires à propulsion alternative posent des défis inédits.
Propulsions vélique, hydrogène ou GNL...ces technologies prometteuses modifient profondément le profil de risque.
Face à ces ambitions climatiques, les assureurs doivent redoubler d'expertise : soutenir l’innovation, tout en sécurisant les risques émergents.
Si l’absence d’historique complexifie l’évaluation, elle ne freine pas l’adaptation du marché.
Grâce à une approche sur mesure, les acteurs de l’assurance maritime construisent déjà les garanties de demain.
Pourquoi la propulsion alternative change la donne ?
Alors que s'est tenue en juin 2025 à Nice, la 3ème Conférence des Nations Unies sur les Océans (UNOC 3,) avec pour mot d'ordre « Accélérer l’action et mobiliser tous les acteurs pour conserver et utiliser durablement l’océan », le développement des modes alternatifs de propulsion pour les navires est plus que jamais au cœur des innovations dédiées au transport maritime.
L'Organisation Maritime Internationale (OMI) avait déjà fixé, lors de la session MEPC 80 en 2023, une stratégie ambitieuse de décarbonation : réduction d’au moins 20 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, 70 % d’ici 2040, et neutralité carbone visée pour 2050 (par rapport aux niveaux de 2008).
Pour y parvenir, les armateurs misent sur des technologies de propulsions alternatives innovantes transformant ainsi en profondeur le visage du transport maritime mondial, tout en tentant de concilier efficacité énergétique et respect de l'environnement.
Ces avancées représentent aussi un défi pour l’assurance maritime qui doit s’adapter à la variété des solutions retenues par les acteurs du secteur : propulsion vélique, électrique, hydrogène, GNL, ammoniac et qui doit composer avec de nouveaux risques pour lesquels aucun historique n’est disponible.

Des risques multiples à comprendre et à anticiper
L’enjeu premier pour les compagnies d’assurances est de comprendre et d’analyser tous les modes de propulsions qui sont aujourd’hui choisis par les armateurs car chaque mode de propulsion s’accompagne de risques bien spécifiques.
- La propulsion vélique (ou propulsion par le vent) soulève des problématiques nouvelles : risques de collision avec des ponts en raison de la hauteur des mâts, vulnérabilité accrue des gréements (véritables concentrés de technologies) aux cyberattaques et résistance de ces gréments face à des éléments hostiles, modification des routes maritimes pour exploiter l'énergie éolienne, etc.
- La propulsion hybride électrique/hydrogène pose des nouveaux enjeux liés à l'extrême inflammabilité de l'hydrogène et à son stockage sous haute pression. Elle augmente potentiellement les risques d'incendie, d'explosion et de pollution.
- Le gaz naturel liquéfié (GNL), quant à lui, implique des risques d’explosion ainsi que des contraintes liées à la fragilisation de la structure du navire.


Ces nouvelles technologies émergent simultanément, sans réel retour d'expérience. L'assurance maritime doit donc s'adapter vite, en intégrant ces paramètres dans l'analyse du risque.

L'absence d'historique : un défi pour la modélisation assurantielle
Traditionnellement, les assureurs évaluent un risque selon trois piliers :
- L'identification du risque – les sinistres potentiels (incendies, bris de mât, panne des systèmes de dressage/rétractation des mâts, collision avec les ponts, explosions,…)
- La segmentation et le profilage – les assureurs classent les risques selon des critères objectifs (âge du navire, routes empruntées, type d’activité…)
- L'analyse statistique – l’assureur va s’appuyer sur les données historiques de risques similaires pour modéliser le risque et ainsi évaluer la fréquence et la gravité potentielle du risque.
Or, s'agissant des technologies de propulsions alternatives appliquées au transport maritime, ce dernier pilier fait défaut. Les premiers historiques consolidés ne seront disponibles que dans 5 ans environ.
Il faut donc construire de nouveaux modèles, à partir d'hypothèses, en extrapolant les risques à partir des technologies connues (les moyens de propulsion standards) et des spécificités de chaque navire.
Le marché des assurances corps et moteurs fait actuellement ce travail et commence à définir les contours de ces risques, même si pour l’heure, chaque risque est étudié et « modélisé » au cas par cas.
Parallèlement, ils s'efforcent d’anticiper les montants des réparations qui seraient engagées à la suite d’un sinistre. En effet, réparer ces nouvelles technologies nécessite des infrastructures spécifiques et des compétences rares, ce qui peut augmenter les coûts de réparation et d’indemnisation.
Ces défis nécessitent donc une adaptation constante des compagnies d’assurance pour que ces dernières soient en capacité de garantir une couverture efficace et pérenne de ces nouveaux risques.
Un marché de l'assurance au rendez-vous
Fort de ces constats, le marché de l’assurance s’organise, désireux de monter à bord de cette transition écologique du transport maritime.
L’Union Internationale des Assureurs Maritimes (IUMI) joue un rôle moteur :
- Elle anime des groupes de travail spécialisés. Ces travaux portent notamment sur l’analyse des risques d’incendie, d’explosion ou de toxicité liés à l’utilisation de nouveaux carburants (ammoniac, hydrogène, e-méthanol), de leur impact sur les polices d’assurance (responsabilité civile, dommages, P&I) ainsi que sur les besoins en formation des équipages et en adaptation des infrastructures portuaires.
- Elle collecte des données afin de développer des modèles actuariels pour anticiper les sinistres liés à la transition énergétique.
- Elle participe activement aux discussions avec l’OMI pour que les normes de sécurité tiennent compte des réalités assurantielles et promeut l’innovation assurantielle en incitant les assureurs à développer des produits d’assurances incitatifs pour les armateurs qui investissent dans des navires « verts ».
Des solutions d'assurance déjà opérationnelles
Dans ce contexte, une réflexion est initiée sur des bonus-malus environnementaux intégrés aux primes.
Si les outils de modélisation ne sont pas encore pleinement opérationnels, les assureurs ne restent pas inactifs. Des solutions sont déjà proposées aux armateurs, même si le processus de souscription - souvent plus long - nécessite souvent une étude plus poussée des spécifications techniques du navire via leurs préventeurs/ conseillers techniques.
En l’absence d'historique, certains leviers permettent d'y pallier comme la mise en place de franchises spécifiques sur certaines composantes des navires (gréements, équipements connectés…).
Dans l’ensemble, les garanties proposées offrent un niveau de protection ainsi qu’un niveau de prime globalement équivalents à ceux appliqués aux navires à propulsion "classiques", signe de l’adaptabilité du marché.
Accompagner la transition maritime
Pour les acteurs du maritime comme pour les assureurs, la transition vers des propulsions plus durables est autant une nécessité qu’une opportunité.
Mais elle impose une gestion du risque fine, sur mesure, dans un environnement mouvant.
Chez Howden, nous accompagnons nos clients dans cette transformation en apportant notre expertise technique, sectorielle et assurantielle pour garantir une couverture robuste, adaptée aux enjeux d’aujourd’hui et de demain.
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Claire Lasserre

Claire Lasserre
Directrice Commerciale du secteur Maritime et Transport