Transport maritime sous tension : quand les risques de guerre redessinent les routes et les couvertures d'assurances
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Dans un contexte géopolitique de plus en plus explosif marqué par une désinhibition de la violence des Etats, les routes maritimes stratégiques sont devenues des terrains exposées à des actes hostiles.
Pour les armateurs et les chargeurs de marchandises, il ne s'agit plus de naviguer entre piraterie et aléas climatiques, mais d'anticiper des actes de guerre, avec des conséquences majeures sur la gestion des risques, les couvertures d'assurance et les coûts de fret.
Des routes maritimes devenues cibles stratégiques
Qu’il s’agisse des Houthis en Mer Rouge, des tensions en Mer de Chine méridionale ou des potentielles opérations de sabotage d’installations énergétiques en Mer Baltique, il ne s’agit pas de terrorisme ou de simple piraterie mais de véritables actes de guerre asymétriques ou de conflits interétatiques qui menacent les navires de commerce et les intérêts marchandises.
A titre d’exemples, des vraquiers comme le Magic Seas ou l’Eternity C ont été coulés au début du mois de juillet 2025 dans le Sud de la Mer Rouge par des militants Houthis, le nombre de transits quotidiens via le détroit de Bab El Mandeb a été plus que divisé par deux entre octobre 2023 (79) et début juillet 2025 (35).
De ce fait et en réponse aux attaques, plusieurs transporteurs diffusent des messages AIS tels que « All Crew Muslim » pour tenter d’éviter des tirs ciblés, sans grande efficacité selon les experts et de nombreux armateurs décident de contourner le canal de Suez via le Cap de Bonne-Espérance, ajoutant ainsi 10 à 15 jours de voyage et un coût de fret accru (environ 1 000 USD de couts fixes supplémentaires par conteneur).

Une exposition différenciée selon les typologies de navires
Les navires les plus visés par les attaques sont mécaniquement :
- Les vraquiers (vrac sec, minéraux, céréales) dans la mesure où ce sont les navires les plus utilisés pour le transport maritime, les primes risques de guerre peuvent donc être plus élevées pour ce segment,
- Les tankers (pétroliers, produits chimiques/liquides liquéfiés, navires souvent plus coûteux à assurer en corps et moteurs),
- Les conteneurs/rouliers (transports de véhicules) pour lesquels les liens avec Israel ou des pavillons anglo-américains ont pu faire augmenter les primes de plus de 50% ces derniers mois.
Les taux de prime, toujours très volatiles en risques de guerre et révisables sous 48 heures, peuvent donc considérablement varier selon les zones concernées et le type de fret utilisé.
Ainsi, ces derniers jours, un navire vraquier peut se voir attribuer une prime allant de 0,75% à 1% de la valeur assurée pour un passage en Mer Rouge ou de 0,2% à 0,5% pour un tanker transitant par le Golfe Persique/détroit d’Hormuz.
Il est à noter que certains assureurs refusent même la couverture en Mer Rouge, considérant qu’il n’y a plus d’aléa lorsque d’autres n’accordent de couverture que si l’armateur a déclaré son voyage à la force Aspides (opération de sécurisation menée par l’UE depuis février 2024) et s’il suit les recommandations destinées à réduire les risques d’attaque.

Un marché de l’assurance sous tension mais au rendez-vous
Même si la situation est particulièrement tendue dans un contexte de crise multifactorielle, le marché de l’assurance répond présent et des places de souscription en France, au Royaume Uni et en Norvège notamment proposent des couvertures pour des navires et des marchandises transitant par ces zones à risque.
Le marché mondial des risques de guerre en assurance marine est difficile à évaluer mais certains experts s’accordent à estimer de façon approximative (il n’y a pas de recensement en tant que tel car les primes des risques de guerre se confondent souvent avec les primes des risques ordinaires) la collecte de primes mondiale générées par les risques de guerre à environ 1 milliard de dollars (dont 60% seraient trustées par le marché de Londres) dans un marché global qui pèse près de 39 milliards de dollars.
Depuis 2022 et l’éclatement de la guerre en Ukraine, les assureurs risques de guerre ont néanmoins cherché à réduire leurs expositions via un suivi optimisé de leurs accumulations dans les zones à risque avéré ou potentiel. Certains assureurs choisissent même de mettre en place des systèmes de limites agrégées (« aggregate ») par pays afin de mieux maitriser un potentiel risque systémique.
En matière de garanties, la majeure partie des assureurs ont aussi supprimé les couvertures « blocking & trapping » (ie. blocage des navires/marchandises au-delà d’un certain délai ouvrant droit à délaissement) des wordings de police risques ordinaires de certaines polices cargo au motif qu’une dimension « risque de guerre » venait s’insérer au sein de couvertures risques ordinaires.
La faculté de résiliation sous 48h ou 7 jours selon les marchés permet aux assureurs de remettre en place des couvertures rapidement compte tenu de l’extension géographique des risques qui multiplie les zones « surprimées ».

Une vigilance primordiale sur les conditions comme sur les zones
Le zoning
L’évolution des zones soumises à cotation au cas par cas peut être différente selon le zoning visé par le wording de police. Si les polices corps et moteurs visent dans leur presque totale intégralité la JWLA-032 (Joint War Committee), les polices cargo peuvent viser invariablement les zones définies par le CESAM (marché français) ou celles de la Joint Cargo Watchlist (marché de Londres) qui ne sont pas mises à jour dans les mêmes délais, il convient dès lors de prêter une attention renforcée à ces évolutions. Pour cela, s’appuyer sur un courtier partenaire constitue un vrai plus.
Les conditions de garantie
De nombreux wordings de police visent aussi bien les conditions françaises qu’anglaises, principalement en matière de cargo. Au-delà du sujet de la charge de la preuve en cas de sinistre qui est perçue différemment de part et d’autre de la Manche, il est important de garder à l’esprit que les conditions françaises (waterborne et garantie étendue) ont une portée se voulant plus exhaustive (du terrorisme au risque politique se rattachant à la guerre) quand les imprimés de marché anglais ont davantage tendance à « cloisonner » les typologies de risque entre les « institute strike clauses » (couvrant les risques de grève et de terrorisme) et les « institute war clauses » (couvrant le risque de guerre stricto sensu).
Il est à noter qu’une certaine convergence entre marchés français et anglais est intervenue en 2023 lorsque le marché français a cherché à mieux circonscrire le risque politique (confiscation, expropriation, nationalisation, dépossession) en le rattachant de facto à une conséquence d’un risque de guerre.
L'importance d'un accompagnement sur mesure
Il n’est pas simple pour un armateur comme pour un propriétaire de marchandises de piloter ses risques dans le contexte géopolitique actuel.
L’accompagnement d’un courtier spécialisé ayant une empreinte internationale et l’accès à tous ces marchés internationaux peut constituer un appui non négligeable.
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Jean-Baptiste de Malartic

Jean-Baptiste de Malartic
Directeur Marine & Transport
Jean-Baptiste est diplômé de l’EDHEC Business School avec un Msc en Stratégie et Organisation. Après une première expérience chez Gan Patrimoine (filiale de Groupama) en assurance de personnes, il travaille quatre ans en Italie pour une captive d’assurance du groupe Crédit Agricole afin d’en développer l’activité et les partenariats. A son retour en France il rejoint la direction souscription d’AXA XL (anciennement AXA CS) pour piloter des projets de développement et d’innovation avant d’intégrer, l’équipe souscription marine cargo (marchandises transportées) France dont il devient responsable en 2020.
Aujourd’hui au poste de Directeur de la Ligne Produit Maritime et Transport et de Directeur Général de Howden Marine France, Jean-Baptiste est en charge du développement des solutions Maritime et Transport qui constituent l’un des piliers de Howden en France. Howden Marine en France se développe sur les bases historiques de Guian, superbement développées avec Seasecure sous la direction de Jean Brossollet, Jean-Baptiste succédant à celui-ci.