Matériaux innovants & construction durable : quels défis pour l’assurance des grands projets ?

Matériaux durables : une révolution qui redéfinit les risques

La transition vers une construction plus durable s’impose désormais à l’ensemble du marché, et tout particulièrement aux acteurs des grands projets immobiliers.
Biosourcés, géosourcés, recyclés, matériaux intelligents… Ces solutions transforment profondément la conception des ouvrages et les décisions stratégiques des maîtres d’ouvrage.

Elles répondent à des impératifs réglementaires et climatiques.
Mais elles font également émerger une nouvelle complexité assurantielle, encore insuffisamment documentée, qui peut impacter les budgets, les délais et l’assurabilité même des opérations.

C’est tout l’enjeu qui a été au cœur de l’atelier « Bâtiment durable, risques nouveaux : l’assurance en construction », auquel ont participé le Directeur Construction Howden France, Raphaël Cerda, et ses partenaires experts Eric Delage (MSIG Europe) et Pierre Labouze (Union d'experts)  lors de l’AMRAE 2026.

Entre performance et fragilités : un équilibre à maîtriser

Le secteur du bâtiment est l'un des plus énergivores, représentant environ 40 % de la consommation d'énergie finale et près de 40 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) au niveau mondial. En Europe, il compte pour 40 % de l'énergie et 36 % des émissions. Ce secteur est donc crucial pour la transition écologique.
En raison de cet impact majeur, le législateur a instauré un cadre réglementaire particulièrement exigeant (Loi Énergie‑Climat, AGEC, Climat & Résilience, RE2020, directive européenne 2024/1275) qui pousse désormais l’ensemble de la filière à intégrer massivement :

  • Matériaux biosourcés : bois, paille, chanvre
  • Matériaux géosourcés : terre crue, pierre de taille
  • Matériaux recyclés : granulats, plastiques ou fibres recyclées
  • Matériaux intelligents : béton auto-cicatrisant, aérogel
  • Techniques innovantes : réemploi, impression 3D, construction hors-site

Ces solutions offrent des avantages environnementaux incontestables : faible émission de CO₂, stockage du carbone, réduction de l’énergie grise, optimisation thermique et meilleure circularité. Mais ils s’accompagnent de fragilités dont les grands projets doivent tenir compte : sensibilité à l’humidité, vieillissement prématuré, comportement au feu plus difficile à maîtriser, complexité de mise en œuvre, absence ou insuffisance de règles professionnelles, réparabilité limitée ou coûteuse.

Dans les programmes d’envergure, ces fragilités peuvent rapidement générer des surcoûts, des retards et des tensions sur l’assurabilité.

Feu batiment

Des sinistres récents qui alertent la filière

Ces dernières années, plusieurs événements survenus en France ont mis en évidence les vulnérabilités de certains matériaux innovants, notamment dans les constructions bois ou biosourcées.

Incendies en cours de chantier
De nombreux sinistres ont rappelé que la phase de construction constitue un moment particulièrement critique. On observe notamment :

  • une propagation du feu extrêmement rapide dans des immeubles utilisant des structures bois ou des matériaux biosourcés, comme l’a illustré l’incendie du programme Le Messager à Paris en 2025 ;
  • des travaux par points chauds ayant entraîné l’embrasement d’isolants, à l’image du sinistre survenu près de l’Opéra de Paris en 2021.

Incendies en exploitation
Même une fois les bâtiments livrés, certains matériaux combustibles peuvent favoriser l’extension du feu. Plusieurs sinistres récents - en Savoie en 2024 ou encore à La Rochelle en 2025 - ont montré que des façades constituées de matériaux mal adaptés pouvaient créer des embrasements généralisés.

Des conséquences lourdes pour les projets
Le comportement au feu de ces matériaux innovants peut considérablement aggraver la sévérité des sinistres, particulièrement en phase de chantier. Les impacts qui en découlent sont majeurs :

  • des reconstructions complexes, voire impossibles à l’identique ;
  • une explosion des coûtsde remise en état ;
  • des délais de livraison fortement rallongés ;
  • une incertitude croissante quant à l’assurabilité future de ces opérations.

Un enjeu stratégique pour les risk managers
Ces risques transforment profondément la manière de gérer les projets. Ils influent directement sur l’analyse des vulnérabilités, la préparation des chantiers, le choix des matériaux et l’évaluation de l’exposition financière globale. Ces nouveaux facteurs imposent une anticipation renforcée et une vigilance accrue tout au long du cycle de vie des ouvrages.

Techniques non courantes : un terrain mouvant pour les risk managers

L’un des défis majeurs pour les risk managers réside dans le manque d’historique de sinistralité concernant ces matériaux innovants.
Pour beaucoup d’entre eux, les règles professionnelles sont encore à créer, tester ou à valider, ce qui les fait basculer dans la catégorie des techniques non courantes. Or, ces techniques non courantes imposent des exigences spécifiques qui influencent directement la gestion des risques. Elles nécessitent une analyse approfondie, une validation renforcée et un suivi précis, car leur comportement réel - au feu, à l'humidité, dans le temps ou en exploitation - reste encore peu documenté.

Dans ce contexte, les risk managers doivent aujourd'hui composer avec :

  • Une évaluation des risques plus complexes : l’absence de retour d’expérience limite la capacité à modéliser l’exposition réelle. Le positionnement assurantiel devient plus prudent, et les marges d’incertitude augmentent.
  • Une vigilance accrue sur les techniques non courantes : chaque procédé innovant doit être examiné comme un cas particulier. Les risk managers doivent anticiper les points de fragilité et intégrer des mesures compensatoires.
  • Une exigence documentaire beaucoup plus stricte : avis techniques ou ATEx, ETN, CCT et avis spécifiques de bureaux de contrôle, diagnostics et preuves de performances et de conformité...Cette documentation et sa validation en amont et en aval par les assureurs deviennent un prérequis pour sécuriser l'assurabilité du projet.

Plus globalement, l’innovation bouscule les schémas assurantiels traditionnels, entraînant un renforcement clair des exigences et des conditions de couverture.
Pour les grands projets, cela signifie qu'il est indispensable d'intégrer ces contraintes très en amont.

Le rôle stratégique du Risk Manager : anticiper, encadrer, sécuriser

Face à l’émergence de ces nouveaux risques, une maîtrise globale et cohérente du projet devient indispensable. Le Risk Manager occupe alors un rôle central, à la croisée de l’opérationnel, de l’organisationnel et du stratégique. Sa mission consiste à articuler, dans un même cadre de pilotage, les exigences réglementaires, les contraintes assurantielles, les ambitions environnementales et la maîtrise du budget global. L’objectif : offrir aux projets une structure de réalisation solide, sécurisée et pleinement maîtrisée. Les actions clés pour sécuriser un projet :

  • Anticiper systématiquement les risques techniques et assurantiels dès la phase de conception

  • Associer l’assureur très tôt

  • Structurer un plan de prévention adapté aux matériaux innovants

  • Renforcer les contrôles en cours de chantier

  • Définir un plan de maintenance fiable pour la phase d’exploitation

  • Garantir un dialogue fluide entre tous les acteurs : MOE, bureaux de contrôle, experts, assureurs

  • Sécuriser les ouvrages sensibles (écoles, hôpitaux)

  • Maintenir un dialogue régulier avec son courtier en assurance

Raphael Cerda
Les exigences renforcées en matière d’incendie, de contrôles ou de maintenance ne sont pas des contraintes supplémentaires : ce sont des garanties essentielles pour protéger le projet et ses acteurs. Dans un contexte d’innovations rapides, la prévention reste notre meilleur outil de maîtrise du risque. La clé, c’est le dialogue, la prévention et la confiance.
Raphael Cerda
Raphaël Cerda - Directeur Construction

Innovation et sécurité, un équilibre à construire ensemble

La construction durable est porteuse d’opportunités majeures pour la transition écologique. 
Les matériaux innovants sont indispensables pour atteindre les objectifs climatiques du secteur, mais leur intégration dans les grands projets exige une maîtrise rigoureuse des risques opérationnels et assurantiels.

Nos experts en construction sont convaincus que l’assurance ne doit pas freiner l’innovation. Elle doit au contraire en être le partenaire, le vecteur de prévention, le facilitateur de dialogue entre tous les acteurs. Notre rôle est d’accompagner les Risk Managers pour :

  • comprendre les risques émergents,
  • structurer des projets pleinement assurables,
  • sécuriser les chantiers et la phase d’exploitation,
  • favoriser un dialogue constructif avec les assureurs,
  • contribuer à une construction durable, résiliente et maîtrisée.

Parce que l’innovation n’a de valeur que si elle s’accompagne d’une gestion exigeante du risque.

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    Raphael Cerda

    Directeur Construction & Energie
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    Raphael Cerda

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    Directeur Construction & Energie

    Fort de près de 20 ans d'expérience dans l'assurance construction, Raphaël a occupé des postes à responsabilités croissantes chez Bouygues Construction, Marsh et Satec. Il rejoint désormais Howden France pour piloter le développement de la Ligne Produit Construction-Energie à l'échelle internationale.

    Reconnu pour ses capacités de négociation et sa vision stratégique, Raphaël contribuera à positionner Howden France comme un acteur de référence sur le marché de l'assurance construction et énergie.

    Expertises spécifiques : étanchéité, immobilier, grands chantiers

    Diplômes :
    - MASTER IAP / La Sorbonne
    - DESS Droit des Assurances / La Sorbonne
    - Executive MBA / PSL Paris Dauphine
    - Executive MBA / UQAM Montréal