Au-delà des coûts : regard international sur le parcours de soins et l'expérience collaborateur

Le Howden Global Employee Health Report 2026 met en lumière les grandes tendances internationales en matière de Protection Sociale. Après avoir analysé les éléments liés au marché et à son évolution dans notre premier article, nous explorons une autre dimension du rapport : quelle perfomance pour les régimes de protection sociale une fois mis à l'épreuve du terrain ? 
Retrouvez dans cet article une analyse des facteurs influant sur la satisfaction des salariés vis-à-vis de leur couverture complémentaire et les paramètres à prendre en compte côté employeur pour créer des régimes plus performants, en phase avec ces attentes.

Le parcours de soins : un enjeu de satisfaction majeur

La qualité de la couverture santé ne se résume pas seulement aux remboursements. L'enquête révèle que la satisfaction des employés fluctue considérablement selon les étapes du parcours de soins. Si 80% des salariés se déclarent globalement satisfaits de leur prise de rendez-vous initial et de leur diagnostic, ce taux chute lors des phases de traitement et de remboursement. Dans la région Pacifique, où seulement 6% des salariés ont attendu plus d'un mois pour un premier rendez-vous, la satisfaction atteint 94% pour le processus de diagnostic. À l'inverse, en Europe, où 21% des salariés attendent plus d'un mois, la satisfaction tombe nettement en dessous de la moyenne mondiale.

Nous avons évoqué dans notre premier article la problématique de l’allongement des délais d’accès aux soins, plus marquée en Europe qu’en Asie. Les conséquences sont dramatiques : à l'échelle mondiale, 36% des salariés déclarent que leur état de santé s'est dégradé en raison des délais d'attente. Dans plus de la moitié des cas (52%), cette détérioration a entraîné des arrêts de travail supplémentaires, impactant à la fois la productivité de l'entreprise et les coûts de prévoyance.

La qualité reconnue du système de santé public français contraste avec la réalité des délais médicaux, créant un décalage entre les attentes et l'expérience vécue. 59% des Français déclarent renoncer aux soins à cause du temps d'attente pour obtenir un rendez-vous, et 38% à cause de la distance. 
Pour les employeurs, cet écart se traduit par une frustration croissante des collaborateurs et une perception dégradée de la valeur de leurs avantages sociaux.
 

Un médecin échange avec son patient en salle d'attente

Le prix de l’attente

Face à ces délais, 41% des salariés dans le monde ont dû avancer des frais pour accélérer l'accès aux soins, même s’ils disposaient d'une complémentaire santé. 54% des salariés déclarent avoir renoncé au moins une fois à des soins pour des raisons financières (contre 45% pour la France), dont 31% à plusieurs reprises. 
Cette situation génère un cercle vicieux : les pathologies non traitées s'aggravent, nécessitant ensuite des interventions plus lourdes et plus coûteuses. Les absences se prolongent, la productivité baisse, et les coûts indirects explosent.
En France, bien que le système de santé offre une couverture publique étendue, les restes à charge peuvent s'accumuler rapidement notamment pour les consultations de spécialistes, les dépassements d'honoraires, et certains actes dentaires ou optiques. Les salariés en zones rurales ou dans les déserts médicaux sont particulièrement touchés.

L'augmentation des maladies chroniques préoccupe les employeurs

Au-delà des coûts médicaux généraux, les employeurs font face à une augmentation des sinistres impliquant des maladies graves et de longue durée nécessitant des soins continus et coûteux. Ils s'expliquent par plusieurs facteurs : vieillissement de la population active, diagnostics tardifs dus aux délais d'accès aux soins, et amélioration des traitements permettant des prises en charge plus longues.
Des pathologies se détachent particulièrement : 

Les troubles musculosquelettiques (TMS)

34% des employeurs identifient les TMS comme l'un de leurs principaux facteurs de coûts. Il s'agit de douleurs au dos, au cou, aux articulations, qui affectent tous types de profils : employés de bureau penchés sur leur ordinateur, personnel d'entrepôt soulevant des charges, professionnels de la vente debout toute la journée. 
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, les douleurs lombaires sont la première cause de départ prématuré du marché du travail. Le problème avec les TMS, c'est qu'ils sont à la fois évitables et difficiles à traiter une fois installés. Une prise en charge précoce – ergonomie du poste, séances de kinésithérapie, exercices adaptés – peut prévenir une dégradation qui entraînerait des arrêts répétés et un impact durable sur la capacité de travail du salarié.

Medecin

Les maladies cardiovasculaires et le diabète

30% des employeurs classent les maladies cardiovasculaires parmi leurs principaux facteurs de coûts. Hypertension, diabète de type 2, risques cardiaques : ces pathologies sont étroitement liées aux modes de vie (alimentation déséquilibrée, sédentarité, tabagisme, consommation d'alcool). 
La particularité de ces maladies est qu'elles évoluent silencieusement pendant des années avant de provoquer un événement grave – infarctus, AVC, complications diabétiques. Une fois déclarées, elles nécessitent un suivi médical permanent, des traitements coûteux et génèrent souvent des complications.
L'enjeu pour les employeurs est double : d'une part, accompagner les salariés déjà atteints dans la gestion de leur maladie chronique ; d'autre part, investir massivement dans la prévention pour éviter que davantage de collaborateurs ne basculent dans ces pathologies.

Les maladies graves

Au-delà des maladies chroniques courantes, les entreprises font face à une augmentation préoccupante des cancers et maladies graves nécessitant des traitements lourds et prolongés. 62% des employeurs ont constaté une légère augmentation de ces sinistres au cours des 12 derniers mois, et 18% une augmentation significative. Deux facteurs expliquent cette tendance :

1. Les diagnostics tardifs : lorsque les salariés attendent trop longtemps avant de consulter ou lorsque les dépistages ne sont pas effectués régulièrement, certaines maladies sont découvertes à un stade avancé, nécessitant des traitements plus lourds et plus coûteux. 

2. Le vieillissement de la population active : avec le recul de l'âge de départ à la retraite, les entreprises comptent davantage de salariés dans les tranches d'âge où le risque de pathologies graves augmente.

Ces sinistres représentent une charge financière considérable, mais aussi une épreuve humaine pour les équipes concernées. Leur gestion nécessite une approche spécifique : accompagnement personnalisé, coordination entre les différents acteurs de santé, et souvent, réflexion sur les modalités de retour au travail. En France aussi cette tendance devrait aussi s'accentuer car l'espérance de vie continue d'augmenter et la proportion de salariés seniors dans les entreprises progresse. Les employeurs doivent anticiper ces évolutions dans leur stratégie de financement pour se protéger de ces sinistres coûteux.

couple âgé regarde par la fenêtre

Un grand écart dans la perception de la valeur

L'un des constats les plus frappants du rapport est le décalage entre la perception des employeurs et l'expérience des salariés. 90% des employeurs pensent que leur régime de santé répond aux besoins de leurs collaborateurs, et 86% estiment en obtenir un bon rapport qualité/cotisation. Pourtant, 25% des salariés ne se sentent pas soutenus par leur entreprise en matière de santé. 

Comment expliquer cet écart ?

Les employeurs se penchent surtout sur les caractéristiques du contrat (l'étendue des garanties, le montant des cotisations, le nombre de services proposés) quand les salariés, eux, évaluent une expérience sur le « terrain » (la facilité d'accès, la rapidité de prise en charge, la simplicité des démarches, la qualité de l'accompagnement).
C’est le cas en France où cette dissonance est amplifiée par la complexité du système (l’articulation Sécurité sociale / complémentaire / surcomplémentaire n’est pas toujours claire) et le manque de communication sur les garanties réelles. Un salarié qui ne comprend pas ce qui est couvert, ou qui doit gérer un reste à charge malgré sa "bonne" couverture, aura des difficultés à percevoir la valeur de son contrat.

Recommandations stratégiques : nos leviers d’action

Face à ces constats, nous identifions des axes prioritaires pour améliorer l’expérience des collaborateurs :

1. Simplifier l’accès aux soins

Votre contrat de complémentaire comprend des services santé utiles au quotidien pour vos salariés (téléconsultation, assistance santé et prévoyance, etc.). Ils apportent une réponse efficace aux problématiques de délais et de coût évoquées plus haut. Proposer un réseau de soins leur permettra également de réduire leur reste à charge et de trouver des professionnels de santé près de chez eux.

2. Mettre en place un programme de prévention

Les programmes de prévention, bien que nombreux, restent sous-utilisés en entreprise. Encouragez les dépistages, les interventions précoces mais aussi l’accès à des outils pour prendre soin de sa santé mentale. Si une pathologie est détectée tôt, son coût sera contenu et ses conséquences perturberont moins l’organisation. 

3. Aligner les garanties sur les risques réels

Utilisez les données de sinistralité pour aligner les dépenses de protection sociale sur les besoins réels de votre entreprise. Cela peut signifier renforcer certaines garanties (optique, dentaire, médecines douces) tout en optimisant d’autres postes moins utilisés. Pour identifier les postes clés, le mieux est encore de faire appel à un courtier pour analyser vos comptes de résultats et optimiser vos garanties. 

4. Garantir la confidentialité et bâtir la confiance

Communiquez clairement sur la gestion des données personnelles de santé afin que les salariés se sentent en sécurité lorsqu’ils utilisent ces services, notamment en santé mentale. En France, le respect du RGPD et la séparation stricte entre employeur et l’organisme assureur sont des garanties essentielles à rappeler régulièrement.
 

Vers une approche centrée sur les collaborateurs

Le message du rapport est clair : les régimes de santé performants ne sont pas nécessairement les plus coûteux ou les plus complets sur le papier. Ce sont ceux qui fonctionnent réellement pour les collaborateurs – simples, rapides, compréhensibles, et adaptés à leurs besoins.
Les organisations qui réussiront dans les années à venir seront celles qui placent l’humain au centre de leur stratégie de protection sociale. Celles qui mesurent la satisfaction autant que les coûts, qui investissent dans la prévention autant que dans le curatif. En synthèse, celles qui considèrent la santé comme un investissement stratégique dans le capital humain, et non comme une charge à minimiser.
En France, où l’attachement au système de santé solidaire reste fort, cette approche résonne particulièrement. Elle suppose de dépasser les débats purement financiers pour construire des régimes qui soutiennent vraiment les collaborateurs au moment où ils en ont le plus besoin. C’est à cette condition que la protection sociale prendra tout son sens : protéger, accompagner, et redonner confiance.
 

Rapport EB 2026

Pour plus d'informations, téléchargez le rapport

The changing face of global employee health