Cybersécurité des établissements de santé : un risque cyber accru par les prestataires
Un risque qui s’étend bien au delà du système d’information interne des établissements de santé
Les établissements de santé ont longtemps concentré leurs efforts de cybersécurité sur leur propre périmètre : sécurisation du SIH, durcissement du DPI, protection des réseaux, supervision des dispositifs biomédicaux connectés. Cette approche reste indispensable, mais elle ne reflète plus la réalité opérationnelle du secteur.
Aujourd’hui, les hôpitaux, cliniques et laboratoires évoluent dans un écosystème numérique fragmenté, où une part significative des fonctions critiques repose sur des prestataires externes.
Les données du CERT Santé illustrent clairement cette tendance : 764 incidents cyber ont été déclarés en 2025, soit une progression proche de 30 % en un an*
Plus de 40 % des établissements concernés ont dû recourir à un fonctionnement en mode dégradé, et plus de la moitié des incidents ne résultaient pas d’actes malveillants, mais de pannes, d’erreurs, d’indisponibilités ou de défaillances de prestataires.
Dans un secteur où la continuité des soins est vitale, cette exposition indirecte est l’un des principaux facteurs de vulnérabilité. L’établissement peut être parfaitement sécurisé mais néanmoins paralysé par un incident survenu chez un tiers.
*AGENCE DU NUMÉRIQUE EN SANTÉ. Plus de 700 directeurs hospitaliers mobilisés pour mesurer la perception du risque cyber [en ligne].
Les prestataires tiers dans le médical : dépendances critiques et sinistres récents
Le fonctionnement quotidien d’un établissement de santé s’appuie sur une large gamme de services numériques fournis par des prestataires externes : DPI, RIS/PACS, plateformes de biologie, hébergement de données de santé, solutions de facturation, outils de coordination, télémédecine ou encore dispositifs biomédicaux connectés...
Ces services sont si étroitement imbriqués qu’ils constituent une véritable extension du système d’information hospitalier.
Cette dépendance est d’autant plus critique que ces prestataires opèrent le plus souvent sur un mode mutualisé. Qu’il s’agisse d’un éditeur de DPI, d’un opérateur de télétransmission ou d’un hébergeur de données de santé, un même acteur peut accompagner des centaines d’établissements.
La défaillance d’un seul prestataire est dès lors susceptible d’entraîner un effet domino à l’échelle d’un territoire, voire d’un pan entier du système de santé.

Les sinistres cyber récents qui illustrent parfaitement cette réalité
Au‑delà du risque théorique lié aux partenaires, plusieurs incidents récents démontrent les effets très concrets des défaillances de prestataires IT sur les établissements de santé.
Nous pouvons bien sûr citer le cas récent Cegedim : d’une part, des indisponibilités de services de facturation et de télétransmission, qui ont entraîné des retards de paiement, une surcharge administrative et des tensions avec les patients comme avec les organismes payeurs. D’autre part, l’incident majeur de février 2026 affectant le logiciel MLM, marqué par une violation massive de données personnelles.
L’exemple de Dedalus met en évidence le rôle critique des éditeurs de logiciels hospitaliers. L’indisponibilité temporaire de solutions critiques a entraîné des difficultés d’accès aux dossiers patients, des reports d’actes et une désorganisation des équipes. En contexte clinique, l’interruption d’un DPI dépasse le simple incident informatique : elle devient un incident opérationnel.
La téléradiologie illustre également cette fragilité. L’indisponibilité de Telediag a révélé combien les solutions d’interprétation sont devenues essentielles, avec pour conséquences des examens en attente, des retards diagnostiques et une priorisation forcée.
Enfin, l’incident CrowdStrike, bien qu’extérieur au secteur de la santé, a mis en lumière la vulnérabilité systémique induite par la dépendance à un fournisseur technologique central. Dans le domaine des soins, un acteur comparable, hébergeur de données de santé, éditeur stratégique ou infogérant national, pourrait être à l’origine d’une interruption d’une ampleur sans précédent.
Dans toutes ces situations, un même constat s’impose : si l’établissement ne contrôle pas la cause de l’incident, il en supporte néanmoins l’intégralité des effets.
L’assurance cyber : un levier de résilience face aux défaillances des prestataires
Face à l’augmentation de cette exposition aux défaillances des prestataires, l’assurance cyber ne se limite donc plus à un rôle de couverture financière.
Dans le secteur médical, elle s’impose comme un levier essentiel de continuité des soins, en permettant d’absorber les impacts d’une défaillance externe et de soutenir l’établissement dans la conduite de la gestion de crise.
Le contrat d’assurance cyber doit ainsi être conçu afin de répondre aux scénarios réellement rencontrés dans le secteur. La plupart des sinistres impliquant des prestataires technologiques ne résulte pas d’attaques cyber, mais de défaillances techniques, lesquelles entraînent tout autant une indisponibilité des services pour leurs clients.
Un contrat cyber réellement adapté doit donc couvrir les conséquences d’une panne ou d’une défaillance chez un prestataire IT, qu’il s’agisse d’un éditeur de SIH ou de DPI, d’un opérateur de RIS/PACS, d’un hébergeur de données de santé, d’un infogérant, d’un opérateur réseau ou de solutions de sauvegarde.

Dans ce contexte, un contrat d’assurance cyber adapté inclura non seulement les services habituels de gestion de crise avec intervention d’experts techniques, juridiques et services de communication, remise en service des systèmes et prise en charge des coûts de remédiation, mais aussi les pertes financières liées à l’interruption des soins ou à la désorganisation des équipes pouvant découler des défaillances d’un prestataire IT.
Selon la nature des activités de l’établissement et son niveau de dépendance à d’autres prestataires critiques pour son fonctionnement, en dehors des prestataires IT, il faudra également envisager d’étendre la garantie à toute carence de fournisseur. Cette garantie permet au contrat d’assurance cyber d’intervenir également en cas de défaillance de ces partenaires essentiels, afin de couvrir les pertes financières qui pourraient en résulter.
Par ailleurs, dans un secteur où la confiance conditionne l’activité, certains contrats cyber proposent également des garanties destinées à couvrir les risques réputationnels. Ces garanties ne se limitent plus à la prise en charge des frais de communication de crise mais intègrent la nécessaire prise en compte de l’indemnisation d’un préjudice financier quantifiable lorsqu’un incident, y compris imputable à un tiers, dégrade l’image ou la crédibilité institutionnelle de l’établissement.
Cette garantie peut être activée à la suite d’une indisponibilité de service, d’une violation de données de santé ou de la défaillance d’un prestataire critique, dès lors que ces situations entraînent une perte de confiance de la part des partenaires, des autorités de tutelle ou de l’écosystème territorial, avec un impact mesurable sur les résultats financiers de l’établissement.
Ces garanties essentielles viennent compléter les garanties « pertes d’exploitation » standard des contrats et renforcer le dispositif global de prise en charge des pertes financières pour les acteurs du secteur de la santé.
Un dernier point mérite une attention particulière : les clauses de renonciation à recours fréquemment imposées par les hébergeurs et autres prestataires informatiques à leurs clients.
Afin de maîtriser leur exposition, les assureurs entendent, lorsqu’un sinistre engage la responsabilité d’un tiers, pouvoir exercer un recours contre le prestataire à l’origine de l’incident. Or, de nombreux prestataires IT imposent à leurs clients, établissements de santé comme acteurs d’autres secteurs, des clauses de renonciation à recours à leur encontre dans leurs contrats.
Ces dispositions contractuelles peuvent fragiliser la couverture d’assurance, voire conduire à une réduction ou à un refus d’indemnisation si l’assureur n’a pas été préalablement informé de l’existence de telles clauses, lesquelles le privent de tout recours contre le tiers responsable.
En l’absence d’adaptation spécifique du contrat d’assurance cyber, l’acceptation de ces renonciations à recours a pour effet de transférer le risque économique sur l’établissement de santé.
Que faut-il retenir ?
Le risque cyber pour les acteurs de la santé s’inscrit dans une logique de risque d’écosystème. Les établissements restent exposés à l’exploitation des vulnérabilités techniques de leur système d’information et au risque de ransomware mais dans un environnement fortement interconnecté, chaque dépendance technologique élargit le périmètre d’exposition et renforce la nécessité d’une approche globale, intégrant à la fois les dimensions techniques, organisationnelles, contractuelles et assurantielles.
Dans ce contexte, une assurance cyber correctement structurée constitue un levier opérationnel de résilience pour les acteurs de la santé. Elle permet ainsi de sécuriser les dépendances critiques, de couvrir les conséquences des défaillances de prestataires, d’anticiper les risques contractuels et de renforcer la capacité des établissements à faire face aux risques liés aux tiers.
Les conditions de marché actuelles offrent une fenêtre d’opportunité pour les établissements capables de démontrer une gouvernance cyber structurée : capacités élevées, franchises faibles et solutions adaptées aux réalités opérationnelles du secteur.
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