Nouveaux fluides frigorigènes : quels risques et quelles responsabilités pour les entreprises du froid ?
Le secteur du froid et du génie climatique traverse une période de transformation profonde. Depuis l’entrée en vigueur du règlement européen F-Gas III (UE 2024/573) en mars 2024, avec ses principaux effets ressentis à partir du 1er janvier 2025, les entreprises ne peuvent plus fonctionner comme avant.
Ce texte s’inscrit dans le cadre du Pacte vert européen et témoigne de la volonté de l’Union européenne de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
Pour les installateurs, mainteneurs et exploitants du secteur, cette transition vers de nouveaux fluides frigorigènes ne représente pas seulement un défi technique : elle redessine également l’ensemble du paysage des risques et des responsabilités professionnelles.
Une transformation des risques techniques
La transition réglementaire pousse le secteur à délaisser les hydrofluorocarbures (HFC) au profit de fluides à faible potentiel de réchauffement planétaire. Ces alternatives, qu’elles soient naturelles ou de nouvelle génération, présentent un profil de risque sensiblement différent de celui des fluides utilisés jusqu’ici.
Des fluides moins polluants, mais parfois plus dangereux
La nouvelle réglementation pousse au remplacement des HFC par des fluides frigorigènes dits « naturels ».
Mais aucun de ces fluides n’est parfait.
- Le propane offre de bonnes propriétés thermodynamiques mais présente des risques liés à son inflammabilité.
- L’ammoniac, utilisé en froid industriel, est connu pour sa toxicité.
- Quant au CO2, avantageux sur le plan environnemental, son utilisation pose le problème de pressions de fonctionnement élevées.
Selon l’INRS*, les frigorigènes naturels comme l’ammoniac, le propane ou le butane sont à envisager avec une grande prudence en raison des risques technologiques qui leur sont associés : inflammabilité, explosivité et toxicité, pouvant aller jusqu’à des scénarios d’accidents industriels majeurs.
Pour les techniciens qui manipulent ces fluides au quotidien, l’exposition à de nouveaux risques physiques est réelle. Certains fluides sont toxiques et peuvent provoquer des irritations des voies respiratoires, des troubles neurologiques, voire des lésions organiques en cas d’inhalation ou de contact prolongé. Certains peuvent également déplacer l’oxygène dans l’air et provoquer l’asphyxie.
Un risque environnemental toujours central
La F-Gas III impose désormais un contrôle d’étanchéité pour les installations à partir d’1 kilogramme de fluide HFO, et une obligation d’installer un système de détection de fuite pour les équipements contenant 100 kg ou plus de HFO. *
Toute fuite non détectée à temps peut engager la responsabilité de l’entreprise sur le plan environnemental, mais aussi vis-à-vis de la sécurité des personnes présentes sur le site.
*1. INRS - Évaluation des risques liés aux fluides frigorigènes naturels [en ligne].
*2. GASCO - Règlementation F-Gas 2024 [en ligne].
Un cadre réglementaire renforcé
Une réglementation plus stricte et évolutive
Les quotas de mise sur marché des fluides fluorés subissent une baisse drastique de 22 % dès 2025 par rapport à 2024, puis une réduction de 57 % entre 2029 et 2030, jusqu’à une interdiction totale en 2050.
Cette tendance va s’accélérer avec à la clé une hausse significative des prix et une situation potentielle de pénurie : certaines pannes liées à une fuite de fluides pourraient entraîner une impossibilité de remise en état des installations.
Pour les entreprises, cela signifie des décisions d’investissement qui ne peuvent plus être repoussées.
Des exigences de certification et de qualification obligatoires
La manipulation des nouveaux fluides ne s’improvise pas.
La réglementation prévoit la formation et la certification des professionnels sur les solutions de substitution aux HFC, y compris les fluides naturels, ainsi que sur les mesures d’amélioration ou de maintien de l’efficacité énergétique des équipements.
En France, deux nouveaux arrêtés publiés en décembre 2025* font évoluer le dispositif des attestations d’aptitude et des attestations de capacité. Les professionnels titulaires d’attestations existantes devront effectuer une remise à niveau avant le 12 mars 2029.
Ignorer ces obligations expose l’entreprise à des sanctions directes et à une mise en cause de sa responsabilité en cas d’incident.
*3.CLIMLAB - Nouveaux arrêtés F-Gas en France : attestations et capacités [en ligne]

L’extension des obligations professionnelles
Obligation d’information et de conseil renforcée
Installer du R-410A en 2025, c’est engendrer de futurs problèmes de garantie, rendre incertaine la maintenance de l’installation, et mal conseiller le client.
Ce constat du SNEFCCA illustre une réalité juridique : le professionnel du froid est tenu d’informer son client des risques liés aux choix techniques effectués. En cas de sinistre sur une installation utilisant un fluide dont la disponibilité future est incertaine, la responsabilité pour manquement au devoir de conseil pourrait être engagée.
Renforcement des obligations de sécurité et responsabilité envers les tiers
Les entreprises qui ne respectent pas les nouvelles obligations F-Gas s’exposent à des sanctions, notamment des interdictions d’utilisation, des amendes financières et une mise hors service des équipements non conformes.
Au-delà des sanctions administratives, les risques d’accidents liés aux propriétés physiques des nouveaux fluides, incendie, explosion, intoxication, peuvent engager la responsabilité civile de l’entreprise vis-à-vis des salariés, des clients ou de toute personne présente dans les locaux où les installations sont exploitées.
L’évolution des risques assurantiels
Adaptation des contrats de responsabilité
La mutation technique du secteur a des conséquences directes sur les garanties assurantielles.
Un contrat de responsabilité civile professionnelle souscrit il y a quelques années a été calibré sur la base de fluides fluorés classiques.
L’utilisation de fluides inflammables ou toxiques modifie le niveau et la nature des risques couverts. Il est donc indispensable de vérifier que les activités liées aux nouveaux fluides sont bien incluses dans le périmètre de garantie, notamment pour les dommages corporels et matériels causés à des tiers.
Vérification des autres contrats d’assurance
La réflexion ne doit pas se limiter à la RC Pro.
Les contrats dommages aux biens, les garanties liées aux équipements et les couvertures environnementales méritent également d’être passés en revue. Une fuite de fluide naturel provoquant un dégât environnemental ou un sinistre corporel peut mobiliser plusieurs lignes de contrats à la fois. C’est précisément dans ces situations que l’accompagnement par un assureur spécialisé fait toute la différence.
Depuis plus de 20 ans, Assurfroid accompagne les entreprises du froid dans la gestion de leurs risques. Leader de l’assurance dans ce secteur, Assurfroid compte plus de 580 clients en France et dans les DOM-TOM. Son équipe entièrement dédiée, à la souscription comme à la gestion des sinistres, maîtrise les spécificités techniques et réglementaires du métier. Cette expertise se traduit par des solutions sur mesure, construites pour répondre aux réalités du terrain, qu’il s’agisse d’une PME installatrice ou d’un exploitant industriel.
Que faut-il retenir ?
La transition vers les nouveaux fluides frigorigènes est engagée et irréversible.
Elle cumule trois niveaux d’enjeux pour les entreprises du secteur : une mutation technique profonde avec l’introduction de fluides plus dangereux à manipuler, une pression réglementaire croissante assortie d’obligations de formation et de mise en conformité, et enfin de nouveaux risques assurantiels que les contrats existants ne couvrent pas toujours.
Face à cette complexité, être accompagné par des experts qui connaissent précisément les réalités de votre métier n’est plus un confort, c’est une nécessité.
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