Hôtellerie de plein air : face aux risques climatiques, comment préserver l’assurabilité de son camping ?

Tempêtes, inondations, sécheresses, incendies, érosion côtière… Pour les exploitants de campings, les événements climatiques ne représentent plus seulement un risque de sinistre. Ils interrogent désormais directement les conditions d’assurance et la capacité à maintenir l’activité après un événement majeur.

Le sujet est d’autant plus sensible que le secteur s’est profondément transformé. Mobil-homes, espaces aquatiques, équipements de loisirs et infrastructures extérieures ont considérablement augmenté la valeur des actifs présents sur les sites, y compris lorsque les établissements sont fermés. 

Xavier Turgis, Directeur du secteur Hôtellerie de Plein Air, décrypte les nouveaux enjeux auxquels sont confrontés les exploitants.

Les campings ont toujours été exposés aux intempéries. Qu’est-ce qui a réellement changé ?

Il faut regarder simultanément l’évolution du climat et celle de l’hôtellerie de plein air.
Les campings se sont considérablement transformés. Nous sommes passés de terrains accueillant essentiellement des tentes ou des caravanes à de véritables villages de vacances, avec des mobil-homes, espaces aquatiques, aires de jeux et de nombreuses infrastructures extérieures. Cela signifie que les capitaux exposés sur un même site sont beaucoup plus importants qu'auparavant, y compris hors saison. 
Dans le même temps, les exploitants sont confrontés à différents phénomènes : inondations, coulées de boue, tempêtes, sécheresse, feux de forêt ou encore érosion du littoral. Le sujet n’est donc plus d'appréhender chaque péril séparément, mais de comprendre précisément l’exposition globale du site. 

Cette évolution modifie-t-elle le regard des assureurs sur le secteur ?

Oui. Les assureurs disposent aujourd’hui d’outils de modélisation de plus en plus précis pour apprécier l’exposition d’un site.
Certains territoires peuvent concentrer plusieurs facteurs de risque : proximité d’un cours d’eau ou du littoral, historique des crues, niveaux de précipitations, concentration importante de capitaux assurés... Certaines zones peuvent alors être identifiées comme particulièrement exposées, ce qui complexifie le placement du risque. 
Cette évolution se traduit aussi par un marché plus sélectif. Certains assureurs réduisent leur exposition ou résilient une partie de leurs portefeuilles après des sinistres incendie ou des événements climatiques importants. Les épisodes de sécheresse et de canicule font également l’objet d’une analyse de plus en plus fine.
C'est un changement important : un camping peut rencontrer des difficultés d’assurance en raison de son exposition géographique, indépendamment de son propre historique de sinistres. Dans ce contexte, anticiper le renouvellement de son contrat devient essentiel. 

Est-il possible d’agir lorsqu’un camping est situé dans une zone considérée comme très exposée ?

La localisation ne peut évidemment pas être modifiée, mais l’exposition réelle à l’intérieur d’un même site mérite d’être analysée beaucoup plus finement.
Un diagnostic peut permettre d’identifier les zones réellement vulnérables, les infrastructures concernées et les mesures susceptibles de diminuer les conséquences d’un événement. Les réponses peuvent notamment porter sur l’endiguement, l’évacuation des eaux, le rehaussement de certains équipements ou leur sécurisation pendant les périodes de fermeture. 
Cette démarche est importante parce qu'elle permet de passer d'une lecture uniquement géographique du risque à une analyse beaucoup plus précise de la vulnérabilité réelle du site. Menée suffisamment en amont du renouvellement, elle permet aussi de documenter auprès des assureurs les mesures de prévention mises en place et les caractéristiques propres au site.

Le contrat d’assurance doit-il également évoluer avec la transformation des campings ?

Absolument. Assurer correctement un camping ne consiste pas simplement à assurer ses bâtiments.
Les mobil-homes, toboggans, espaces aquatiques, aires de jeux et autres installations extérieures peuvent représenter une part très importante des capitaux du site. Leur valorisation doit donc être correctement intégrée à l’analyse du risque. 
Il faut aussi s'intéresser à la perte d'exploitation. L'activité de certains campings est extrêmement saisonnière : un sinistre majeur intervenant au mauvais moment peut compromettre non seulement la saison en cours, mais aussi la suivante. C'est pourquoi la durée d'indemnisation mérite d'être étudiée au regard de la situation réelle de chaque établissement plutôt que de retenir automatiquement un schéma standard. 

Face à l’augmentation de l’exposition, faut-il nécessairement assurer davantage ?

Pas forcément. L'enjeu consiste surtout à savoir quelle part du risque l'entreprise peut conserver et quelle part elle doit transférer.
Pour certains exploitants disposant de capacités financières suffisantes, des franchises plus importantes, des franchises agrégées ou des mécanismes de stop loss peuvent être étudiés. L'assurance intervient alors davantage sur les événements susceptibles de déstabiliser financièrement l'exploitation. 
C'est une réflexion qui doit être menée au cas par cas, en fonction de la capacité financière de l'exploitant et de son exposition.

Et lorsqu’un risque est difficilement couvert par l’assurance traditionnelle ?

C’est là que des solutions complémentaires comme l’assurance paramétrique peuvent avoir un intérêt.
Son principe consiste à définir préalablement un indicateur mesurable, par exemple la pluviométrie, la hauteur d'eau ou la température, un seuil de déclenchement et une indemnité associée. Lorsque le seuil prévu au contrat est atteint, l'indemnisation est déclenchée sur cette base. 
Elle peut notamment être envisagée pour compléter un programme comportant une franchise élevée ou pour répondre à certaines conséquences économiques de phénomènes difficiles à appréhender par une couverture dommages classique. Elle ne remplace donc pas l'assurance traditionnelle : elle peut venir compléter un dispositif global de gestion du risque. 

Finalement, quelle est aujourd’hui la priorité pour un exploitant ?

Ne pas attendre le prochain sinistre ou le prochain renouvellement pour s’interroger sur son exposition.
Il faut connaître précisément les vulnérabilités du site, travailler sur la prévention, vérifier les capitaux assurés et la perte d'exploitation, puis regarder si le programme d’assurance reste cohérent avec l’évolution du camping et des risques auxquels il est exposé. Dans un marché devenu plus sélectif, ce travail doit être engagé suffisamment en amont du renouvellement, avec le courtier et les assureurs.
L’enjeu n’est plus seulement d’être assuré contre une tempête ou une inondation. Il est de construire les conditions permettant au camping de rester assurable et de poursuivre son activité lorsqu’un événement majeur survient.

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